Terrorisme et réfugiés: Mea Culpa

Paris

 

 

Mea culpa, mea maxima culpa…

Je l’avoue, je l’ai fait: j’ai signé la pétition lancée en opposition à l’arrivée de 25 000 réfugiés syriens en territoire canadien. Je l’ai même partagée sur ma page Facebook. Même si j’étais opposé au projet du gouvernement Trudeau depuis sa conception en tant que promesse électorale en début d’automne, je suppose que mes amis virtuels ont cru à un geste de colère, spontané et irréfléchi, d’abord motivé par une réaction émotive face aux attentats de Paris. Jamais, depuis mon arrivée sur le site de Mark Zuckerberg, n’avais-je assisté à un pareil exode hors de ma liste d’amis et jamais je n’avais reçu autant d’insultes et de manifestations de désapprobation, suite à une publication. On m’a fait les reproches d’usage: racisme, islamophobie, fermeture d’esprit, stupidité, etc. Ces amoureux de la diversité m’ont désavoué, sans chercher à discuter ou à comprendre les motivations derrière mon geste, alors qu’ils s’évertuent à le faire lorsque des terroristes tuent des innocents.

Capture Jean

Capture Kat

Capture Pier

Ces gens n’ont même pas pris quelques secondes pour se demander si, hors du racisme et de la méchanceté, d’autres raisons pouvaient expliquer mon adhésion à une pétition contre l’arrivée de 25 000 personnes en deux mois, en provenance d’une zone de guerre où sévissent des terroristes illuminés et sanguinaires. Non, pas le temps de réfléchir, des gens ont besoin de notre aide ! Vite, les bons sentiments, la générosité obséquieuse, la théâtre de l’indignation face aux « méchants xénophobes inhumains » qui voudraient que nous prenions quelques instants pour bien peser le pour et le contre ! La ministre de l’Immigration du Québec, qui est pourtant une femme très multiculturaliste et « inclusive », était citée dans le journal Métro, pas plus tard qu’hier, disant que cet objectif d’accueillir 25 000 réfugiés syriens en sol canadien d’ici janvier n’est pas réaliste, mais quelle importance ? Ce qui importe vraiment, c’est d’avoir l’air le plus pressé possible d’accueillir tous ces gens et de s’indigner de la façon la plus flamboyante possible contre les méchants empêcheurs de sembler généreux en rond ! Nous pourrions demander s’il serait possible d’accueillir autant de réfugiés sur une plus longue période de temps ou de les accepter moins nombreux au rythme actuel. Nous pourrions, mais nous ne le ferons pas, car tout cela n’est que racisme et xénophobie !

Capture Max

Capture Arin

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Loin de me désoler de cette petite controverse, j’en ai surtout ri. Et si j’en parle aujourd’hui, ce n’est pas pour jouer à la victime, mais pour ouvrir la discussion sur un sujet plus large, c’est-à-dire la culpabilisation constante à l’endroit de ceux qui exhibent ne serait-ce que le début d’une crainte ou d’un sentiment d’hostilité face aux terroristes. Oui, c’est bien de cela qu’il s’agit: bien entendu, nous savions d’ores et déjà qu’il n’était plus permis d’exprimer le moindre doute ou de poser la moindre question, quant à la place de l’islam en Occident. Or, depuis les attentats de Paris, après de magnifiques démonstrations de compassion et de solidarité, il semble que le ressac anti-identitaire et pro-islam soit entrain d’effectuer un retour avec une force décuplée. Non seulement les questionnements sur l’islam ne sont-ils plus permis, mais il apparaît de plus en plus clairement que même les reproches adressés aux terroristes, surtout s’ils s’accompagnent de mentions de l’islam, soient également proscrits.

En fait, il faudrait parler de tout, sauf de ceux qui commettent les atrocités. Au nom d’une soi-disant recherche de vérité, il faudrait plutôt s’attarder sans cesse aux bâilleurs de fonds, aux joutes géopolitiques, à la responsabilité occidentale, etc. Il s’agit bien évidemment d’un refrain connu, qu’une certaine gauche nous ressort après chaque attentat. Et qu’on se comprenne bien: je n’ai rien contre les réflexions sur ces questions en tant que telles, mais je n’ai d’autre choix que de m’insurger, lorsque certains fabulateurs fabriquent une opposition factice entre la responsabilité personnelle des terroristes et d’autres considérations. Présentement, on dirait que certains commentateurs croient que le simple fait de parler de la responsabilité du terroriste qui tient le fusil est en soi un obstacle à la discussion et à l’émergence de la « vérité » tant recherchée. Il est pourtant évident que tout l’argent et toutes les armes du monde n’engendreraient jamais le terrorisme, s’il n’existait pas à certains endroits un terreau fertile, préparé depuis des siècles par une religion belliqueuse et violente, interprétée trop littéralement et prise encore trop au sérieux par un trop grand nombre de fidèles.

 

On reproche souvent aux gens qui partagent mes opinions de carburer trop facilement à la peur, mais qu’en est-il vraiment ? De quel côté la peur se trouve-t-elle ? Si elle existe dans chaque camp, alors de quel côté est-elle la plus irrationnelle, entre la peur de voir arriver ici les terroristes islamistes les plus exaltés et violents de la planète et celle, constante et oppressante, de passer pour raciste ou xénophobe, alors qu’on est membre de l’une des sociétés les plus tolérantes et ouvertes au monde ? Car telle est bien la préoccupation centrale, dans le débat qui fait rage depuis les attentats de Paris: on dirait que la responsabilisation du terroriste est perçue par certains comme le commencement d’une inévitable descente vers l’intolérance crasse. Devant un tel péril, la censure de certaines opinions devient donc la seule option qui paraisse véritablement acceptable. On pourrait même affirmer qu’il s’agit d’un devoir moral, voire d’un geste héroïque. S’il faut parler des terroristes, on le fera plutôt sur le mode de la complainte victimaire et de l’auto-flagellation. Le terroriste, s’il vit en Occident, n’est qu’une victime innocente de l’oppression de la majorité et s’il réside ailleurs, on lui attribuera une forme de résistance, fondamentalement juste mais mal exprimée, à l’impérialisme et au colonialisme de l’Occident. Par ailleurs, on reproche aux gens qui pleurent les morts Français de ne pas verser autant de larmes pour les victimes qui vivaient ailleurs, que ce soit au Liban ou Syrie, comme si un deuil devait absolument être équitable.

Les discussions post-attentats commencent à se ressembler de plus en plus: en 48 heures, on passe de la solidarité à la culpabilité, puis de la culpabilité à la haine de soi. Il faut à tout prix se faire croire que tous les drames sont égaux, y compris celui des assassins.

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Evan J. Demers

Evan J. Demers

Né à Montréal en 1985 et titulaire d'un baccalauréat en Animation et Recherches Culturelles de l'Université du Québec à Montréal, je suis surtout un grand passionné de musique, de littérature, de politique et d'actualité.