Vol au-dessus du néolibéralisme avec Albert-Jacques Fortin

Discussion avec notre panéliste Albert-Jacques Fortin sur le néolibéralisme. Il est détenteur d’un baccalauréat au HEC en management et économie du travail puis d’un autre à l’Université de Montréal en philosophie politique.

néolibéralisme

Suite à sa maîtrise en sociologie, il réalise un doctorat en administration des affaires (HEC). Mr. Fortin termine actuellement son deuxième doctorat en philosophie économique. Enseignant de sociologie depuis 12 ans, il a travaillé au HEC et à la John Molson school of business (Concordia). L’invité se définit comme un anarcho-syndicaliste. Dans cette entrevue, nous décortiquons le concept du néo-libéralisme de son origine jusqu’à son avenir, au Québec comme dans le monde, avec ses portées et ses limites.

Quelle est votre définition dunéolibéralisme?

Le néo-libéralisme est un dérapage du libéralisme. Les fondements éthiques et moraux du libéralisme sont disparus et le néolibéralisme est une sorte d’amalgame entre des théories économiques néo-classiques et des projets politiques qui se sont construit presque simultanément. Le premier ayant partit le bal est Friedrich Hayek avec la fondation de la société Mont Pèlerin en 1947 qui eut lieu peu après la conférence de Bretton-Woods où les pays qui avaient gagné la guerre ont décidés comment ils se partageraient la tarte. Il y a trois principes de base au néo-libéralisme : la dérèglementation, la libéralisation et la privatisation.

Friedrich Hayek
Friedrich Hayek

Quelle est la nuance entre ces trois concepts?

La dérèglementation c’est d’enlever les lois. Par exemple, on peut observer la disparition de lois du travail étant des résultats de luttes sociales par les travailleurs nous ayant données les Trente Glorieuses. À partir des années 60, les États-Unis entreprennent de déréglementer des pays hors de l’Occident, principalement en Amérique du Sud, en y installant des gouvernements comme celui d’Augusto Pinochet au Chili en 1974.

La libéralisation c’est encourager les accords de libre-échanges entre différents pays. Cette idéologie s’est répandue par des organismes de l’ONU comme le FMI, l’OMC et la BM.

La privatisation est de prendre une société d’État puis de la vendre au public. C’est ce que certains économistes proposent de faire au Québec avec la SAQ et Hydro. Tout le monde pourrait acheter des actions de ses compagnies mais elles ne pourraient être achetées que par des riches comme il est arrivé avec Pétro-Canada et d’une certaine façon Air Canada.

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Le néolibéralisme en une phrase?

La soumission du politique au capitalisme.

Peut-on qualifier le Québec de société néolibérale?

Le gouvernement subventionne plus les entreprises que ce qu’elles rapportent en impôts. La principale raison qu’il y a des entreprises au Québec est que l’État les subventionne depuis 60 ans. Deuxièmement, nous avons un filet social. Si vous êtes malade ou que vous perdez votre emploi, l’État peut vous prendre en main. Pour le reste, nous sommes totalement néo-libéraux.

Si nous sommes totalement néolibéraux, sous quel gouvernement avons-nous prit cette voie?

Celui de Robert Bourassa. Il n’était ni pour ni contre ce modèle. En jouant la carte de la neutralité, le PQ et le PLQ ont emprunté ce chemin. Étant appuyé par l’élite économique Québécois, le PLQ eut toutefois beaucoup plus d’impact que le PQ ne voulant pas trop perdre ses alliés syndicaux.

Quel est le principal problème que le néolibéralisme pose au niveau économique, social et politique?

Pour englober ces trois domaines, l’absence totale de vision à long terme en ce qui concerne les ressources naturelles et l’environnement. Secondement, la connivence entre les élites économiques et politiques. Cette situation est particulièrement présente au Québec où l’on voit les PDG d’entreprises plaçant leurs enfants à des postes de gestion sans avoir à subir trop de compétition vu le support étatique, d’ex-politiciens décrochant des sièges sur les CA ou de grands banquiers placés dans des forteresses politiques pour se faire élire comme Carlos Leitao. Il s’agit d’une force qui est alors presque impossible à restreindre.

Le néolibéralisme est donc un facteur d’amplification de la corruption?

Absolument! À partir du moment où toute la question politique est évacuée, tout ce qu’il reste est la question monétaire. Si on regarde au niveau mondial, l’économie au noir est autant importante que l’économie réelle.

Est-ce que l’avancée du néolibéralisme modifie nos mœurs sociales pouvant se traduire par l’abandon des valeurs traditionnels et du respect de nos semblables?

Oui. Le capitalisme sauvage mène à un ensauvagement de la société où l’individu succombe à ses pulsions les faisant primer sur la rationalité et fini par voir le collectif comme quelque chose de pesant.

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Cet éclatement de nos constructions sociales est aujourd’hui prôné par de nombreuses élites progressistes occidentales au nom de la libération des minorités. Devant cette idéologie, devenez-vous conservateur?

Je partage le constat des intellectuels conservateurs et leur critique du progressisme social. Cependant, ils ne remettent pas en cause le capitalisme en soit. Au lieu de lutter contre le système, ils deviennent nostalgiques. C’est comme si vous vous cassiez la jambe, au lieu de vous aider à faire de la réhabilitation, je vous demanderais si vous vous rappelez du temps où elle était intacte.

Dans son best-seller mondial Le capital au 21ième siècle, Thomas Piketty prône un retour à des impôts progressistes et l’imposition des héritages. Cela vous semble-t-il suffisant?

Absolument pas. Piketty a fait un incroyable travail de recherche mais les solutions qu’il propose sont basées que sur un premier niveau d’analyses des données. L’absence de théorisation fait en sorte que ses prémices de base sont loufoques. Il ne voit que des rapports économiques et non des rapports de domination contrairement à d’autres économistes comme Frédéric Lordon. Les solutions de redistribution de richesse sont inefficaces si les gens moins fortunés gardent la même mentalité que l’élite. Par exemple, lorsque les Lavigueur ont gagné à la loterie, ils n’ont rien changé à leurs habitudes de vie.

Que prévoyez-vous à long terme si le système ne change pas?

L’Occident a déjà beaucoup de difficulté avec les réfugiés syriens, je vous laisse imaginer ce qui arrivera quand nous devrons prendre des millions de réfugiés climatiques.

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Simon Lefranc

Simon Lefranc

Étudiant en journalisme à l'UQAM et dissident idéologique de cet endroit. Panéliste régulier du GAUCHEDROITISTAN. Passionné par la politique, l'actualité et l'innovation. Politiquement, je suis souverainiste; pour les gauchistes je suis de droite et pour les droitistes je suis de gauche, va-t-on savoir.
  • Gabriel Moras

    Donc on est une société néo-libérale parce que on subventionne les entreprises? La déréglementation exige une fin des subventions puisque justement les subventions viennent de la réglementation des entreprises et non du laissez-faire.