Pamphletgate et le féminisme piranha

Avez-vous entendu parler du pamphletgate? Il s’agit d’une enième polémique comme seule l’UQAM peut nous produire.

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En gros, le Pamphletgate, c’est quelques gars ont tenus une conversation privée en tenant des propos disgracieux, dégradants, sexistes, racistes…. ai-je besoin de mettre plus de termes pour montrer que je n’approuve pas leurs propos? Parmi cette discussion,quelqu’un aurait dit qu’il voulait faire prendre du GHB lors d’un party organisé par l’association de science politique. Comme si ce n’était pas assez, la fille qui était visée par ses propos a été rajoutée dans la conversation Facebook. Nous ne sommes définitivement pas en présence des crayons les mieux aiguisés de la boite. Fin de la mise en contexte, plus de détails dans Le Devoir.

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Entrons dans le vif du sujet, nous sommes face à un cas de féminisme piranha. J’utilise piranha, car il s’agit d’un poisson attaquant en bande et n’étant pas extrêmement stratégique en plus d’être attiré par le sang. Premièrement, on ne sait pas si l’histoire qu’on nous raconte est vraie. Les commentaires sur le pamphlet ont été anonymisés donc nous ne savons pas si l’accusé les a réellement écrits. Selon l’UQAM :

Le document anonyme qui circule présentement est inexact et comporte des extraits modifiés ou incomplets d’une conversation entre étudiants sur les réseaux sociaux qui en altèrent le sens. En outre, le document est diffamatoire puisqu’il attribue au doyen de la Faculté de science politique et de droit et à une conseillère à la vie étudiante des propos qui sont erronés ou dénaturés

Quand on regarde l’article du Devoir et le tract, on se rend compte de plusieurs contradictions. Déjà sur les propos pouvant être déformés, on nous explique que l’essentiel du message se retrouvait dans le tract. Cependant, « Il manque des informations, des “haha” ; il y a certaines informations qui donnent du sens qui n’est pas là ». Déjà là, c’est étrange. Pourquoi avoir coupé ces parcelles de texte? Par exemple, l’accusé aurait écrit  »Après c’est le GHB au vins fromages » puis la conversation est coupée pour nous mener à une autre séquence. Il me semble qu’il aurait été pertinent de voir ce qui fut écrit suite à ce message. Est-ce que les autres personnes dans la conversation l’ont encouragé? L’ont-il mis en garde de ne pas le faire? A-t-il écrit  »haha » après ce message?
Encore une fois, MÊME s’il s’agit d’une blague, ce n’est pas drôle et je comprends qu’elle puisse choquer la personne visée. Je suis aussi conscient que l’humour semble avoir le dos très large ces temps-ci. Personnellement, je n’accepterais pas ce genre de propos chez moi, car je connais des personnes très proches ayant été victimes d’agression sexuelle. Une fois que c’est dit, le tract parle d’une situation  »de harcèlement et d’agression » et c’est un peu là que c’est problématique. La notion de harcèlement est apparue dans l’espace public en 1998 par la psychiatre Marie-France Hirigoyen dans son essai Le Harcèlement moral : la violence perverse au quotidien. Elle définit le terme comme suit :

Actes ou propos tenus à l’encontre d’une personne dans le but de la détruire psychologiquement ou physiquement.

Est-ce que la personne voulait réellement détruire psychologiquement la victime? Le harcèlement est aussi une question de répétition. A-t-il envoyé des dizaines de messages allant dans ce sens? On ne sait pas. L’a-t-il approché à de nombreuses reprises malgré qu’elle l’est repoussé? Voilà un peu pourquoi j’hésiterais avant de parler de harcèlement. Peut-être est-ce la même raison pourquoi la conseillère à la vie étudiante et le SPVM (en fait on parle plus d’un ou quelques policiers dans un poste de quartier et non toute la police de Montréal) ont eut comme réaction qu’il s’agissait d’une tempête dans un verre d’eau. À moins qu’on nous explique que cette employée de l’UQAM et ces policiers sont dans un grand complot machiste mondial les portant a banaliser le viol, c’est peut-être tout simplement des gens qui en ont vu d’autres et ne croient pas que cela mérite d’être porté devant les tribunaux ou de renvoyer l’étudiant. Ne nous trompons pas, il s’agit bien des conséquences que souhaitent ceux ayant fait le tract. Il est écrit à la 3e page « leur présence en classe est indésirable ». Alors ces étudiants devraient en gros ne plus aller à l’université et perdre leurs opportunités de carrière. D’ailleurs, quel est le but de ce genre de tract si ce n’est de le salir au point qu’il ne remette plus les pieds à l’UQAM. Si les institutions ne vont pas dans le sens qu’on veut, on le détruit sans procès. Là où certains peuvent voir du progressisme, j’y vois une rhétorique me rappelant Barbe rouge et les marins jetés aux requins.

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Autre point, n’est-il pas pour le moins surprenant qu’un gars voulant commettre une agression sexuelle ajouterait sa potentielle victime dans une conversation privée? Il faudrait être un agresseur incroyablement imbécile pour agir de la sorte, mais le présumé coupable est à l’université, il doit donc avoir un minimum de cerveau. Selon moi, quand on a un tel  » »humour » » on le garde pour soi. Les blagues de fond de vestiaire sont justement faites pour y rester. On ne sait pas qui a proposé d’ajouter la fille dans le groupe, mais il ne semble pas y avoir d’opposition dans les messages suivants. Alors c’est soit lui qui l’a rajouté, soit il était d’accord.

De plus, le tract affirme que l’UQAM tente de camoufler une situation d’agression. Cependant l’article du Devoir

À l’UQAM, en revanche, la plaignante et les étudiants mis en cause ont été rencontrés peu de temps après le dépôt de la plainte, tandis que des aménagements ont été faits dans les groupes-cours concernés «pour distancer les personnes impliquées et créer un climat de sécurité à la satisfaction des parties, incluant la victime

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On nous dit ensuite que ce serait des professeurs qui aurait pris l’initiative, mais l’affirmation n’est pas sourcé. Je préfère donc me fier à la version ayant le plus de contenu. Alors est-ce que l’UQAM a tenté de camoufler la situation ou n’a tout simplement pas eu la même solution que celle prônée par ceux ayant porté plainte? Et même si les professeurs avaient pris l’initiative, pourquoi le tract n’en fait-il pas mention? J’imagine qu’il est moins valorisant d’exprimer son désaccord avec des employés de l’université que de condamner d’un bloc toute une institution sans nuance. D’ailleurs, j’aurais une question pour ceux ayant rédigé le tract : considérant que vous dites qu’il ne s’agit pas d’événement isolé et que vous êtes probablement en accord avec ceux traitant le recteur de fasciste en plus des gardas puis que vous souffrez tant à l’UQAM, pourquoi ne changez-vous pas d’université? Je comprends qu’on veuille améliorer un milieu que ce soit au travail ou à l’université, mais si vous croyez vraiment que l’institution persécute les étudiants et que c’est horrible… Il me semble plutôt que cette université est la plus progressiste du Québec, avec d’excellents professeurs, des étudiants réussissant dans des concours internationaux, des installations comme la piscine ou les murs d’escalade à faire rêver, un comptoir de prêt de matériel toujours disponible, une quantité phénoménale d’archives, une situation géographique avantageuse vue la BANQ. Juste le fait que vous puissiez distribuer ce genre de tract montre la liberté que vous offre l’institution que vous vomissez. Il n’y a pas grande université qui tolèrerait bien longtemps qu’on fasse de la propagande d’extrême gauche en son ceint.

La rhétorique extrémiste du tract avec des affirmations à l’emporte-pièce comme « nous taire signifie être complice » ne me surprend pas, mais je trouve cela dommage, car elle fait perdre de la crédibilité à la plaignante. Mais même à cela, la stratégie utilisée par ceux qui étaient au courant de la situation au départ laisse grandement à désirer. L’étudiant a écrit qu’il voulait amener du GHB à cette soirée, si vous n’aviez pas fait un freakshow en annulant le party vous auriez pu piéger un violeur. En le laissant entrer à la soirée, il aurait été possible d’appeler des gardas pour lui demander de vider ses poches. BAM vous le pognez les culottes à terre avec la drogue sur lui, vous appelez la police pis vous le faites coffrer. LÀ vous auriez eu un impact pis vous auriez pu envoyer un message fort. S’il s’était révélé qu’il n’avait pas de GHB sur lui, vous auriez tout de même pu lui faire la leçon sur son  » »’humour » »’ devant tout le monde et il aurait eu l’humiliation de sa vie et probablement qu’il aurait parlé au reste de ses chums en les conscientisant.En publicisant ce genre de nouvelles, vous auriez pu créer un effet dissuasif.

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Ce tract ne crée pas cet impact, car en vous attaquant à la grande culture du viol invisible, aucun potentiel violeur ne va se sentir en danger. Quand on vise tout le monde, on finit par ne viser personne et il n’y a pas de coupable sinon la culture ou le patriarcat soit des concepts pervertissant l’être humain. C’est bien le problème des gens ne reconnaissant pas la part de mal dans chaque individu que la société a pour but de refouler, mais croyant que le mal est ailleurs et qu’en le détruisant un être nouveau naitra. Si l’on pousse votre raisonnement, l’accusé pourrait dire qu’il est une victime puisqu’il a été élevé dans une culture du viol et que c’est pour cela qu’il tenait ces propos. Vous reprochez aux gens comme moi d’être du côté des agresseurs et des oppresseurs, mais pourtant c’est vous qui cherchez à les comprendre tandis que moi je préfère les voir en prison pour 25 ans. Ne vous en déplaise, ce n’est pas la prison qui crée le mal, mais c’est le mal qu’on met en prison.

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Simon Lefranc

Simon Lefranc

Étudiant en journalisme à l'UQAM et dissident idéologique de cet endroit. Panéliste régulier du GAUCHEDROITISTAN. Passionné par la politique, l'actualité et l'innovation. Politiquement, je suis souverainiste; pour les gauchistes je suis de droite et pour les droitistes je suis de gauche, va-t-on savoir.