Émeutes à Calais: l’explosion des tensions

La France, comme de nombreux pays européens, commence à ressentir pleinement les conséquences de la crise des migrants, qui ne semble pas près de se résorber.

Calais

Les agressions de Cologne, à propos desquelles je signais un texte il y a deux semaines, ont été un symbole puissant du chaos et de l’incompréhension qui semblent s’installer de plus en plus durablement dans certains pays. Les gouvernements et les populations qui célébraient hier leur propre générosité sont aujourd’hui obligés de faire face à la réalité et de dresser certains constats. Cependant, il n’existe peut-être pas de symbole plus fort des ramifications politiques et sociales de cette crise chez les populations et dans leurs quartiers que les récentes émeutes de Calais.

En effet, les 23 et 24 janvier derniers, le Conseil National du Travail (CNT), le Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA) et d’autres associations de gauche et d’extrême-gauche organisaient une manifestation « en solidarité » avec les migrants installés dans la région et qui sont pour l’instant contraints de vivre dans ce qui a été baptisé « la jungle », sorte de bidonville où les conditions de vie ne seraient pas optimales, pour employer un euphémisme. Les manifestants réclamaient donc l’action de l’État français en vue d’offrir aux migrants des conditions plus « dignes ». En tout, environ 2000 personnes ont pris part aux événements. Or, le bilan de cette fin de semaine d’action politique n’est pas reluisant: on recense de nombreuses altercations et agressions, notamment à l’endroit de femmes et de personnes âgées, le blocage d’un port, de la violence et du vandalisme, ce dernier s’exprimant de la façon la plus puissante par la dégradation d’une statue du général de Gaulle, symbole de la résistance française contre l’occupation nazie. Sur le monument, on peut apercevoir un graffitti disant « Nik la France ».

de Gaulle

Il faut comprendre que ces émeutes s’inscrivent dans un climat social plus large, marqué non seulement par les tensions entre différents segments de la population, mais aussi par un ras-le-bol quasiment généralisé face au manque de contrôle des pouvoirs publics face aux débordements qui se font de plus en plus fréquentes. On pense évidemment aux agressions survenues à Cologne, en Allemagne, la veille du Jour de l’An, mais aussi aux violences en Corse et aux attaques du 13 novembre à Paris. Les pays d’Europe occidentale sont aux prises avec une crise majeure, dans laquelle se mélangent tour à tour émeutes, affrontements, tensions et terrorisme. Certains dirigeants et citoyens en viennent même à regretter d’avoir accueilli autant de gens en si peu de temps, sans avoir réfléchi de façon plus profonde aux répercussions possibles d’une telle vague migratoire sur la société et sa stabilité.

Pour ce qui est des émeutes de Calais, le clou du spectacle aura sans doute été cet affrontement un peu surréaliste entre des manifestants et une famille calaisienne en apparence tout ce qu’il y a de plus ordinaire. Voyant que des malfaiteurs associés à la manifestation tentaient d’entrer en son domicile, un des hommes a eu l’idée de confronter les participants à la manifestation. La confrontation a vite tourné à la violence, les manifestants lui lançant de multiples objets, des insultes et des cris. Malgré quelques tentatives ratées de négociation pacifique, le conflit a escaladé jusqu’à ce que le Calaisien indisposé sorte un fusil. Toute la scène est aujourd’hui disponible sur YouTube.

En voyant ces images, je me suis d’abord rappelé les prétentions de certains carrés rouges parmi les plus radicaux, au printemps 2012, qui disaient s’attaquer toujours aux symboles et aux puissants, jamais aux citoyens ordinaires. Si nous sommes évidemment en présence de deux mouvements différents à deux endroits différents, il n’est néanmoins pas impossible que tel soit également l’engagement des manifestants de type Refugees Welcome et No Borders qui prenaient part aux événements de Calais, puisqu’il s’agit généralement d’un principe central encadrant les manifestations et actions directes de groupes contestataires. Force est d’admettre que cette fois-ci, la ligne symbolique entre l’assaut contre le pouvoir et l’agression envers son concitoyen a été traversée de la façon la plus claire possible.

Sur les réseaux, certains groupes antifas ont rapidement tenté de décrédibiliser l’homme ayant brandi son fusil en le qualifiant de « facho » et en l’associant à des groupuscules d’extrême-droite. Cela n’empêche malheureusement pas d’en arriver au même constat lucide: le combat que mènent ces individus ne s’inscrit plus dans une dynamique « citoyens contre puissants », mais bien dans celle du « nous les gentils (extrême-gauche, migrants, tout ce qui s’oppose au capitalisme et à l’Occident) contre eux les méchants (supposée extrême-droite, citoyens qui ne les appuient pas) ». Et contre ces méchants ennemis, tous les coups sont permis, même une tentative d’invasion de domicile. S’il est tout à fait légitime d’être choqué par un acte de vandalisme sur une statue représentant un grand homme comme le général de Gaulle, je dois avouer que le citoyen en moi est beaucoup plus offusqué par cette attaque inadmissible contre une famille ordinaire. L’extrême-gauche combat-elle toujours pour le peuple, avec le peuple, au nom du peuple ? Recherche-t-elle même l’adhésion du prolétaire ou se conforte-t-elle dans une espèce de xénophilie faisant du migrant le nouveau prolétaire, en remplacement de l’ancien prolo blanc et catholique, maintenant devenu trop « réac » au goût de certains ? Il faut bien savoir un jour…

The following two tabs change content below.
Evan J. Demers

Evan J. Demers

Né à Montréal en 1985 et titulaire d'un baccalauréat en Animation et Recherches Culturelles de l'Université du Québec à Montréal, je suis surtout un grand passionné de musique, de littérature, de politique et d'actualité.