Où en suis-je ? Mise au point sur ma position

Je n’ai pas l’habitude d’écrire des textes sur moi, mais il y a une semaine, je provoquais une petite onde de choc chez mes amis et chez les fans de Gauchedroitistan en annonçant de façon fracassante que je reniais mon engagement de toujours en faveur de l’indépendance du Québec.

Depuis, j’ai maintenu un relatif silence à ce sujet, me contentant d’investir d’autres débats. Toutefois, je considère comme important, voire crucial, le fait d’éclaircir ma pensée et de faire part à notre public de mes réflexions à l’heure actuelle.

Evan J. Demers
Evan J. Demers

Tout d’abord, récapitulons: il y a exactement 7 jours, c’est-à-dire samedi le 13 février 2016, je m’embarquais dans un débat fort houleux sur le capitalisme avec deux de mes alliés souverainistes les plus importants, Simon Lefranc et LJ Landriault. L’échange mettait en relief, au vu et au su de tous, les clivages importants entre souverainistes de gauche et de droite sur les questions économiques. Au-delà de sa question centrale, dont les détails ne sont d’ailleurs pas d’une importance capitale à la compréhension de ce texte, le débat illustrait à merveille, quoi que de façon bien involontaire, tout l’isolement ressenti par une certaine droite conservatrice au sein du mouvement indépendantiste. Certains rétorqueront que c’est Pierre-Karl Péladeau qui est aujourd’hui chef du PQ et que les penseurs souverainistes de droite abondent ces jours-ci. Je compte bien revenir sur cette dernière question plus bas dans ce texte.

Pour revenir au débat qui fut à la source de mon soudain changement de cap, disons qu’il allait s’envenimer très rapidement et donner lieu à des échanges de plus en plus disgracieux, me faisant ainsi piquer une de mes maintenant légendaires saintes colères politiques. Quelques minutes plus tard je rédigais une publication Facebook un peu longuette et confuse sur le reniement de mon engagement souverainiste en raison, entre autres choses, de mon dédain pour le discours arrogant d’une certaine gauche au sein du mouvement. Le pavé était lancé dans la marre.

Aujourd’hui, si je reviens sur le sujet, c’est d’abord pour dissiper tout doute quant à ma position consitutionnelle, mais aussi pour rappeler certains faits. Il est vrai que des clivages importants existent chez les tenants de l’indépendance du Québec. Le PQ avait été formé en tant que coalition arc-en-ciel et réunissait des forces de gauche, de centre et de droite. Je crois que ces frictions font partie de l’ADN du mouvement, mais sont aussi sa grande faiblesse, car si la diversité enrichit souvent la réflexion, elle est aussi souvent source de division et de conflit. Or, depuis la fin des années 70 et de façon variable à travers les décennies, c’est surtout l’aile gauche du PQ qui a eu le gros bout du bâton dans les hautes instances du parti. Si PKP, un homme réputé « de droite », en est aujourd’hui le chef, ses nombreux reculs et tergiversations sur des questions de première importance, notamment en matière d’économie et d’environnement, constituent autant de preuves qu’une certaine gauche en mène toujours large chez les péquistes.

capitalisme

Or, le PQ étant le coeur et l’âme du mouvement souverainiste, son dégoût d’assumer ses éléments conservateurs signifie naturellement que la droite indépendantiste ne peut s’exprimer de façon franche et claire qu’en périphérie du pouvoir, c’est-à-dire dans les médias et l’intelligentsia. Ce phénomène a pour effet de créer deux mouvements souverainistes évoluant en parallèle et de rebuter certains électeurs se reconnaissant dans les idées conservatrices, tout en ressentant un attachement au Québec d’abord.

Justement, parlons de ces idées conservatrices: je m’oppose au multiculturalisme en tant que méthode d’intégration des immigrants et modèle de gestion du vivre-ensemble, j’ai toujours été sceptique envers le féminisme occidental contemporain, je suis capitaliste et en faveur de l’éradication totale, par tous les moyens nécessaires, de la menace islamiste. Comment pourrais-je me joindre, sans renier mes idées, à des partis comme le PLC et le PLQ. Au fédéral, il y a bien le PCC, pour lequel j’ai d’ailleurs voté le 19 octobre dernier, dont le programme soit en réel accord avec ma pensée sur une pluralité de sujets. Cela étant dit, comme la question du multiculturalisme ne se pose pas avec autant d’acuité au Canada anglais qu’au Québec, les conservateurs fédéraux tendent à s’accommoder assez facilement du jeu dit « de l’ouverture et de la tolérance ». C’est bien là que le bât blesse et que mon identité profonde me rattrape, car si les frictions entre différents courants forment une bonne de l’ADN indépendantiste, le multiculturalisme est inhérent au fédéralisme, à tout le moins depuis Trudeau père. Le Canada a enchâssé le multiculturalisme, qui nie toute forme de culture majoritaire, dans sa Constitution, qui elle, est irréformable.

Ce dernier dilemme est presque toujours escamoté par les forces fédéralistes, au Québec. Elles persistent à croire qu’il est possible de réformer la Constitution canadienne, tout en repoussant l’opération aux calendes grecques, ou elles se contentent d’éviter la question. Hors du Québec, la question n’est jamais même posée, car le Canada est passé à autre chose, depuis 1995. Pourtant, tout le Canada pourrait bénéficier d’une remise en question du modèle multiculturaliste, mais l’idée d’une réforme constitutionnelle repousse les uns et fait frémir les autres. Tous cherchent à ne pas voir l’éléphant dans la pièce: rouvrir la Constitution serait ce que ça a toujours été, c’est-à-dire une boîte de Pandore. Une telle opération exposerait au grand jour la réalité de cette fausse union de régions disparates qu’est le Canada.

Nous revenons donc à la case départ: si on ne peut supporter ce qui compose l’identité d’un pays et qu’on ne peut changer ces éléments de l’intérieur, que fait-on ? Et en faisant cela, que devient-on ? J’ai bien peur qu’il soit plus facile de me réformer que de réformer le Canada !

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Evan J. Demers

Evan J. Demers

Né à Montréal en 1985 et titulaire d'un baccalauréat en Animation et Recherches Culturelles de l'Université du Québec à Montréal, je suis surtout un grand passionné de musique, de littérature, de politique et d'actualité.