Colloque sur UBER, Économie du partage et les pouvoirs publics

Se passe-t-il une semaine sans qu’on entend parler d’UBER au Québec ? Le conflit avec l’industrie du taxi prend de plus en plus les allures d’une lutte à mort, mais une complémentarité est-elle possible ? C’est ce dont il fut question les 19 et 20 février lors du colloque « L’Économie du partage et les pouvoirs publics » mettant en scène Alexandre Taillefer, Nicolas Duvernois, Denis Coderre, Nellie Brière, Ève Paré de l’association de Hôtels du Grand Montréal et bien d’autres personnalités publiques.

UBER

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Lors du premier panel, Ianik Marcil se révéla assez solide au niveau de ses arguments et j’avoue avoir été un peu surpris. Il arriva avec le questionnement « Qu’est-ce qu’une activité économique ? » étant dorénavant posé par le modèle d’économie du partage. Illustrant sa question, l’économiste émit la situation « Vous avez un potager, vous faites pousser des tomates que vous échanger contre des fraises avec votre voisin. Vous pouvez acheter des tomates et des fraises à l’épicerie. Dans les 2 cas vous consommez des tomates et des fraises. Cependant, le premier cas n’apparait pas dans le calcul du PIB. Avec la deuxième situation, vous faites travailler un producteur, un livreur, un distributeur etc… Alors qu’est-ce que l’activité économique et qui en est un acteur ? » Une foule d’activités dans notre société ne sont pas comptabilisé : une mère à la maison ne compte pas alors qu’un enfant en CPE oui. Qu’est-ce donc que le travail et le salaire ? L’économie du partage nous rappelle alors que la force fondamentale du capitalisme est de s’accaparer toute relation sociale pour en faire une relation marchande.

Voulant en rajouter, Nellie Brière nous expliqua qu’il fallait faire la distinction entre économie du partage capitaliste puis social. Elle dit aussi que les compagnies comme UBER pouvaient causer du profilage racial puisqu’on pouvait refuser un chauffeur en le voyant en photo. Après la conférence, je lui ai demandé si on avait le droit de ne pas embarquer avec un chauffeur noir. Elle m’a répondu qu’il y avait une charte des droits pour faire en sorte que cela n’arrive pas. Bon, en réalité ça ne marche pas comme ça alors passons.

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Alexander Taillefer veut interdire UBER ! Sans trop de surprise, le riche homme d’affaire ayant récemment acheté le Voir et fondé Téo Taxi, une chaine de taxi verts, a été catégorique : si vous faite un lift à un collègue c’est un service, si vous faites cela pour vivre c’est une entreprise et il faut vivre selon les règles du jeu. Fait intéressant, lorsque le maire Denis Coderre est arrivé, il a serré Taillefer dans ses bras comme s’il était un ami proche puis a fait de nombreuses références à ce-dernier dans son discours. Je le cite « Tout dépend de comment on voit l’enjeu. Mon rôle comme maire est qu’il y ait une quiétude dans ma ville. On veut grandir, prendre de l’expansion MAIS je dois m’assurer que la concurrence est loyale. Il faut établir un cadre réglementaire. Pour moi c’est pas de l’économie de partage : pas d’assurance, on a créé une gestion de l’offre pour rien. Est-ce qu’on donne un chèque en blanc à une seule industrie ? Non. On est dans le top 7 au monde pour les villes intelligentes. Taillefer a compris, il a pris la balle au bond et il prend le côté écologique du taxi. Si on veut faire du partage il faut s’assurer que ça augmente la qualité de vie des gens. A Miami un permis c’est 5000$, ici c’est 200 000$ donc y’a des problèmes. « Smart regulation » j’espère que l’on peut s’entendre là-dessus. Mais on doit conspuer les compagnies qui arrivent pis imposent leurs lois. Attention aux dérapages, car il peut y’avoir de la violence. Je suis pas d’accord avec le pitchage d’œufs mais je dois faire attention. J’ai demandé une trêve pour cela, qu’on apprenne à se définir qu’on négocie. C’est sûr qu’on peut pas dire « Uber existera plus », on veut juste s’assurer qu’on est dans un environnement décent qui fait en sorte que le meilleur peut gagner. »

Étant le mouton noir du panel, Youri Chassin se positionna très favorable à UBER et parla même d’une insurrection économique contre un modèle dépassé de réglementation. Il proposa de faire une taxe temporaire d’un dollar par course UBER qui irait dans un fond pour rembourser les permis de taxis. Monsieur Chassin a une belle énergie et de belles idées, mais j’ai l’impression qu’il sera déçu.

Pour terminer cette première journée, j’ai demandé, lors du cocktail, à Nicolas Duvernois s’il était en faveur de la privatisation de la SAQ considérant que sa vodka avait au départ été refusé. Il me répondit NON instinctivement expliquant que bien qu’il fallait donner plus de liberté aux producteurs, c’était beaucoup plus facile pour lui de négocier avec un seul grossiste pour 400 magasins. Duvernois ajouta qu’il connaissait de nombreux producteurs de cognac, de vodka et autres qui ne vendraient pas au Québec si ce n’était pas de la SAQ qui permettait d’avoir de l’alcool de qualité à la grandeur de la province.

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Simon Lefranc

Simon Lefranc

Étudiant en journalisme à l'UQAM et dissident idéologique de cet endroit. Panéliste régulier du GAUCHEDROITISTAN. Passionné par la politique, l'actualité et l'innovation. Politiquement, je suis souverainiste; pour les gauchistes je suis de droite et pour les droitistes je suis de gauche, va-t-on savoir.