UBER – Airbnb: la deuxième journée du colloque

La deuxième journée du colloque sur UBER comportait trois panels. Je vais réaliser le même exercice qu’avec la journée #1 dans cet article.

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Lors du premier panel concernant l’innovation, les 2 personnes s’étant le plus démarquées sont Youri Chassin et Lamine Foura. Nous sommes en face de deux visions du capitalisme au 21ième siècle. « L’évaluation par les pairs peut se faire dans le système actuel, pas juste l’économie du partage. Il existe un flou entre le modèle d’affaire et les outils. Ce dont il faut débattre du modèle d’affaire et son impact sur le pacte social. Quand quelqu’un utilise un service UBER il doit comprendre qu’il accepte un nouveau modèle. » Youri Chassin expliqua que le prix était une motivation mais que l’expérience UBER comprenait aussi des bonus. Chaque fois qu’il embarque avec cette compagnie, il apprécie les dialogues avec les chauffeurs qui se lancent dans une aventure dangereuse. Dans ce commun attrait pour le risque, un respect se crée. « Ce que vous mentionnez existe depuis longtemps. Ce qu’on veut nous vendre en réalité. Tout ce qu’on veut c’est mettre le même système capitaliste mais avec une autre économie. On nous montre de beaux produits mais pas le package deal.

D’un point de vue égoïste je peux focuser sur le produit mais moi je veux aussi que mon fournisseur fonctionne avec le pacte social que ce soit l’environnement ou les conditions de travail. » D’accord, mais de quelle réglementation avons-nous vraiment besoin ? A-t-on besoin des étoiles pour les hôtels ? Les vignettes de stationnement sont-elles vraiment utiles ? Des alternatives à UBER commence déjà à se créer avec Azzuz en Israel ou Juno aux États-Unis. Peut-être qu’UBER ne sera bientôt plus à la mode. Le modèle n’est pas en guerre contre d’autres, il ne fait que grandir la diversité pour le consommateur. « Ce n’est pas la vignette que l’on doit changer c’est le modèle d’affaire. Si cela continue, on pourrait se mettre à acheter une place de stationnement pour la louer. L’économie du partage ne va pas éliminer la propriété mais va la transformer et pourrait en rendre l’accès moins équitable. Je reste à penser qu’UBER n’a pas sa place au Québec car les autres ont PAYÉS pour le permis. »

Airbnb

Airbnb

Le second panel fut un des plus intéressants. Il concernait les questions éthiques de l’économie du partage. Mettant en scène la Ève Paré, PDG de l’association des Hôtels du grand Montréal ; Dany Papineau d’Airbnb; Gaétan Roberge, organisateur au comité logement centre-sud puis René Villemure de Institut Québécois d’Ethique Appliquée (Éthikos).

Ève Paré débuta en annonçant que son association n’était pas en défaveur d’Airbnb L’idée de pouvoir louer son logement lorsque l’on part en voyage ne semble pas poser de problème. La question est plutôt autours de l’hébergement illégal soit les gens qui agissent comme des hôteliers à l’extérieur du cadre réglementaire actuel. Entre 2009 et 2014, ce phénomène aurait connu une croissance de 250%. Les petits établissements sont alors heurtés de plein fouet. Airbnb au Québec dispose de personnel depuis 3 ans et l’association des hôteliers a échangé avec eux dès le départ pour créer un écosystème touristique commun. Avec le projet de loi 67 devant entrer en vigueur en avril, les hôtes Airbnb devraient enfin suivre un certain nombre de règles.
Il s’en suivit d’un affrontement entre Dany Papineau et René Villemure, entre la réalité et ce que la réalité doit être.

« On ne consulte jamais les hôtes Airbnb ou les chauffeurs UBER. J’étais presque en situation de faillite après mon film qui n’a pas fonctionné. J’ai voulu vendre ma maison, on m’a suggéré de louer sur Airbnb en attendant de vendre. Je louais 75$ par jour. Ça a changé ma vie. J’ai convaincu plein de monde de s’inscrire et j’ai fait un cours airbnbsecret tout en déclarant mes revenus. Quand j’ai mis mon cours en ligne, revenu Québec est débarqué chez moi (TPS, TVQ, taxe hotelière = j’ai une facture de 162k$). Ça me coute 50k$ pour aller en cours pour contester les taxes. Les gens qui utilisent l’économie du partage sont cassés et non pas l’argent pour un fiscaliste. En ce qui concerne le conflit entre les hôtels et Airbnb, je pense qu’il faut surtout regarder les questions de zonage municipal.  – Que vous étiez endetté est triste mais n’a pas rapport. La question est de savoir à partir de quel point on devient un professionnel. »

Dany Papineau demanda alors pourquoi la loi 67 n’établissait pas le nombre de jours en ligne ou par année qu’on pouvait louer son logement. « Quelqu’un qui ne paye pas ses impôts est illégal, c’est tout. Le partage ne peut pas devenir une activité professionnelle et avec des milliards de profit comme réalise Airbnb, nous sommes loin de la solidarité. Des barèmes finiront bien par être établie mais en attendant vous ne semblez pas prêt à respecter la loi. »

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Gaétan Roberge amena enfin une perspective différente, celle de bon nombre de locataires à faible revenu. Il rappela que faire une annonce sur un site n’était pas illégal et que la notion d’hébergement restait indéfinie au Québec ce qui rendait la réglementation inapplicable. Il reprit le point de Dany Papineau sur le zonage expliquant que ces règlements étaient faits pour le mieux vivre-ensemble. « Si je mets un after hour dans un quartier résidentiel tout le monde va chialer. Le problème n’est pas qu’une question de voisinage mais d’assurance : ‘il y a un Airbnb au-dessus de chez vous ? On va augmenter la prime’. Le proprio qui loue pour 4-500$ par semaine au lieu de 8-900$ par mois, il chasse des gens de leurs logements. Nous réclamons qu’Airbnb soit confiné aux zones non-résidentielles de Montréal pour éviter ce genre de situation. De plus, ce qui me choque est que le gouvernement ne semble qu’intéressé par collecter de nouveaux fonds avec Air bnb sans se préoccuper de comment cette entreprise peut affecter la dignité des gens. »

Il fut alors soulevé la question de l’attitude cavalière d’UBER au Québec n’ayant pas semblé propice aux compromis. Dany Papineau y apporta cette explication « Le but de ces plateformes est de se peupler au maximum avant de se faire interdire. Si UBER était arrivé en demandant des lois, le gouvernement l’aurait tué. Ils n’avaient pas le choix d’agir comme ça. » Il rajouta qu’Air bnb concernait quand même 450 000 Québécois alors ce n’est pas une méchante compagnie dictatoriale venant s’imposer mais plutôt une plateforme à laquelle un nombre significatif de gens adhéraient. De plus, qu’est-ce qui devient illégal ? Kijiji, Amigo express… la liste est longue. On ne saisit pas encore les aboutissants de cette économie 2.0 mais l’élimination d’entreprise ne fonctionnera pas car d’autres prendront la place laissée. Mr. Roberge rétorqua que le fait que beaucoup de gens s’adonnent à une activité n’est pas un gage de qualité : plein de gens ont de l’argent dans les paradis fiscaux ce qui ne les rend pas légaux. Un autre accrochage entre Papineau et Villemure eut lieu :
« Les lois disent que t’es soit employé soit travailleur autonome, l’économie du partage amène un modèle hybride. Quand ces lois ont été faites, l’internet n’existait pas.
– Vous n’avez pas de problème avec l’évasion fiscale ?
– Je n’en fais pas. Je paye mes impots. Sur mon revenu, je prend 97%, y’a 3% qui va a Airbnb qui est dans un paradis fiscal (Irlande). Alors non ça ne me gène pas.
– On a remplacé un débat sur l’acceptabilité sociale par un débat d’intérêts. Notre société évolue vers l’individualisme ‘’bin écoute, c’est moins cher’’ : c’est individuellement acceptable mais socialement innacceptable car on a un individu qui se fout de l’ensemble.  »

Le dernier panel était honnêtement le moins captivant. Il ne fut en gros qu’un résumé de tout ce qui avait été dit durant la journée. Je pense qu’à partir de ce qui est rapporté dans cet article, chacun peut désormais se faire une meilleure idée autours de l’économie de plateforme. Est-ce que s’opposer à l’ubérisation peut être légitime au nom du bien commun? Mais est-ce que cette défition du bien commun ne se confond pas avec des intérêts de vieilles industries voulant retarder leur mort ? Nous avons vu récemment cette situation avec la subvention de 4 millions $ octroyé au Groupe Page Jaune. Considérant que le virage numérique est nécéssaire mais extrêmement cher, le gouvernement peut-il aider les entreprises à traverser une période difficile pour limiter les pertes d’emploi jusqu’au retour de la prospérité ? Devrions-nous plutôt laisser mourir ces entreprises mais mettre des mesures pour aténuer les risques de précarisation généralisée ? Est-ce que l’on doit laisser aller le marché de manière jusqu’au boutiste ? Si la conduite d’un individu a un impact direct sur la qualité de vie des autres autours de lui, peut-on l’empêcher ? Les lois servant jadis à nous protéger collectivement des dérives potentielles de l’individualisme doivent-elles être remises à jour ? Tant de questions devront être posées d’ici les prochaines années car les conséquences dans la réalité de ce nouveau capitalisme ne sont pas encore connues. D’ici là, nous devons débattre de ces situations comme lors de la question du pipeline au Québec ou d’une négociation dans le secteur public. Ce colloque était bien sûr rempli de défauts mais il possède la grande qualité d’être le premier événement sans politiquement correct offrant un espace de réflexion sur l’ubérisation. L’histoire montre que nous ne pouvons laisser le débat sur la liberté aux politiciens. Comme citoyens vivant cette époque de passage d’une économie traditionnelle à une économie mondialisé, nous devons resté alerte.  « Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître et dans ce clair-obscur naissent les monstres. » (Antonio Gramsci)

Je remercie Suzanne Fortin, Jonathan Fillion et Gabriel Moras pour leur participation financière sans laquelle cet article n’aurait pus être réalisé.

Panel 3
Lavoie = avant quand on avait une voiture c’était une fierté. On s’adapte puisqu’aujourd’hui la voiture est plus de transport qu’autre chose
Mehdi = travaille en intelligence artificielle, crowd founding : l’investisseur a besoin de se baser sur des indicateurs.
Brière = économie de partage : processus de trouver des solutions de facilitations. Théorie . d’Arnaud Groff : 3 éléments en innovation (nouveauté, valeur d’échange, valeur de socialisation). Plus facile de faire du brainstorm avec les réseaux sociaux. Valeur d’échange intrinsèque à l’économie de partage car il y a des communautés derrières. « partage » = les compagnies qui ont beaucoup de capitaux se sont accaparé ce mot.
Franz = économie de finance de plus en plus, grande vague de consolidation = développer un nouveau micro-ship ça demande beaucoup d’argent. Si rien change, dans 30 ans, il y aura pas de super plateformes de partage.
L’autre femme = l’innovation c’est une façon de faire, quand tu lances de quoi et que ça marche tout d’un coup.
Franz = avec le crowd computing, on a plus les problèmes qu’on avait. Amazone, microsoft etc.. vont vous financer. L’économie de partage existait mais ajd les plateformes permettent de rencontrer des milliers d’individus
Mehdi = ce sont les personnes qui ont changées, elles sont né avec l’internet et ont d’autres critères pour savoir ce qui est bon/mauvais, les gens et leurs besoins (+façon d’utiliser les produits), uber/air bnb ont pus astucieusement répondre aux besoins des jeunes.

Car2go = ce qui était acceptable ne l’est plus comme prendre du temps avant d’accepter une nouvelle technologie. Les délais publiques sont très longs, mais du côté des consommateurs le choix est fait. Tant que le gouvernement accélère pas, il y aura encore des frictions entre l’État et l’économie. Si on attend pour innover, on est juste des consommateurs. Il y a un cout qu’on ne peut pas voir avec les délais : les emplois qui ne sont pas créés.

Brière = si vous vous adaptez en 2016, en 2017 vous êtes dépassé. Il y a des délais car ça prend de la réflexion pour faire des projets de loi. Si l’innovation appartient au privé, on est mal barré car on est assujetti aux business, l’économie social doit investir. L’économie de partage c’est rendu du capitalisme sauvage.

Mehdi = on prend des initiatives de développement durables, on met les initiateurs en communication et ils créent ensemble de vrais produits (cuisine sans frigo, voir internet).
Sarah = quand on voit des compagnies comme h&m qui sortent des nouveautés chaque 3 semaines, il y a un problème car la petite chinoise qui prend le coton elle est pas payé. Dans tout ce qu’on fait on le fait avec nos valeurs : permettre aux gens d’économiser (des robes de 200 à 5000, on les loue de 25 à 250). On se rend compte que tout le monde veut faire une bonne affaire peu importe la richesse. On a tous une mission pour changer les choses soit-même, mais on peut pas en vouloir a uber de vouloir gagner de l’argent. Avec le forum, les gens connaissent mes valeurs et qui je suis. Dialoguer avec la clientèle est un +. Je suis un peu révolutionnaire, car c’est pas juste les artistes/chanteuses qui devraient pouvoir porter ce genre de robe. Je n’avais pas vu ça comme de l’économie de partage au départ.

Brière = on peut en vouloir à uber car uber veut pas juste gagner sa vie puisqu’on est dans la démesure. Profit en conflit avec la solidarité. On peut pas compter sur les individus car ils ont pas conscience des conséquences de leurs actes.

Franz = on vit dans un modèle évolutif. Si je fais un modèle qui détruit un autre qui a pas su évoluer vous pouvez pas me blâmer mais applaudir. Il faut savoir après si on utilise a bon escient se nouveau pouvoir. Il est de tradition que quand l’État se mêle de l’innovation, il la ralentit. Si je veux partir une business au Québec j’ai 1 mois de paperasse, à LA et San Francisco j’en ai pour une heure et ces endroits sont en constante croissance malgré le cout de la vie. Comment on développe de meilleurs talents au Québec ? On donne accès à l’éducation au Québec et après on dit « partez ! car ici c’est trop réglementé », alors le rôle de l’État est de se tasser et de favoriser la diversité des entrepreneurs. Dès qu’un État se met a trancher on a un problème car je connais mieux ma business mieux que n’importe quel ministre la connait.

Mehdi : besoin d’argent pour innover ? pour réussir on a besoin de l’idée et des capacités à la réaliser.
Sarah : j’avais le choix entre m’acheter un apprt ou partir une entreprise et j’ai choisi le 2ième. 40% du placard d’une Québécoise est utilisé alors on surconsomme (avec les deals, 2 pour le prix d’1). J’ai envie d’être riche mais pas à n’importe quel prix, il faut que je me demande ce que je fais à la société : je reverse une partie de mes revenus à des sociétés et je veux inculquer cela aussi à mes clients. Je prend ce qui est bien dans le capitalisme et ce qui est bien dans le partage.

Car2go = les transports seront révolutionnés dans les prochaines 15 ans, les jeunes enfants d’aujourd’hui apprendront pas à conduire. C’est pas compliqué uber/air bnb c’est pas les gaz à effet de serre ou le cancer, c’est une question sur la gestion de l’offre. On voit l’État très mal outillé pour un problème facile à résoudre. Toute l’énergie/émotion là-dedans montre un manque d’outil.

Mehdi = si le débat a dévié sur Uber c’est qu’on était pas prêt a ce genre de chose. Il faut apprendre à prévoir ces futures révolutions.
Il y a des avantages a être 2ième entrant (Facebook vs. Myspace), donc on va voir ce qui va arriver après UBER. Les plateformes seront obligées de partager plus de richesse avec leurs utilisateurs sinon quelque chose d’autre va émerger.

Car2go = on peut pas vouloir l’innovation pis les études pour backer au cas-ou. Il faut une tolérance au risque.
Brière = même si on a des idées, faut des politiciens pour s’occuper de ça. Il faut aller à des conseils municipaux, s’impliquer et s’approprier nos politiques.
Mehdi = je viens de la tunisie, je m’attendais pas à ne pas trouver ce genre de chose puisque ça existe depuis longtemps en Europe.
Sarah = rappelez-vous l’automatisation des caisses à l’épicerie. On a crié au scandale, au chomage. Je criais aussi car je n’aime pas quand on coupe les liens entre humains par la techno.
Brière = si UBER prend le contrôle du transport en commun, est-ce que la STM va tomber ? J’ai quand même confiance dans les citoyens car notre économie sociale est vu partout dans le monde. 150 entreprises d’économie de partage sur Weshare.
Mehdi = si je veux prendre mes bonnes notes sur airbnb est-ce que je peux les utiliser pour louer sur une autre plateforme ? est-ce qu’on peut se mettre a utiliser nos données de plateforme en plateforme ?

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Simon Lefranc

Simon Lefranc

Étudiant en journalisme à l'UQAM et dissident idéologique de cet endroit. Panéliste régulier du GAUCHEDROITISTAN. Passionné par la politique, l'actualité et l'innovation. Politiquement, je suis souverainiste; pour les gauchistes je suis de droite et pour les droitistes je suis de gauche, va-t-on savoir.