St Hubert, quand le traditionnel devient crèmeux

J’sais que tout l’monde s’énerve sur St Hubert BBQ la. Je suis de ceux comme beaucoup de montréalais de mon âge qui allaient à la rotisserie originale sur la Plaza en famille possiblement 5-6 fois par année.

St Hubert

St Hubert BBQ

Je me souviens du bon poulet juteux et de la serveuse qui arrivait avec son plateau de patisseries (francaises qu’y disaient) à la fin du repas, J’y allais toujours pour une tartelette aux fraises. Dans le parking de la rue St André entre Beaubien et Bellechasse s’alignaient une bonne dizaine de Volkswagen Beetle jaunes qui sillonaient les rues de la ville. Le restaurant original était typique, le décor était simple mais chaleureux, on savait tous qu’il y avait une bonne vibe qui s’était installée à cet endroit qui valait beaucoup plus que les différentes franchises qui s’installaient petit à petit partout en province.

C’est vrai qu’à Montréal, on a le BBQ facile quand on pense au Chalet BBQ, au Laurier BBQ, au Mt Royal BBQ, au Côte St Luc BBQ, Au Coq et j’en passe… Chacun y allait de sa tradition. french canadian pour plusieurs, anglaises pour d’autres, juives pour certains. Bref, quand on y pense bien, il n’y’a rien de plus montréalais qu’un bon poulet BBQ avec sa sauce secrète. Hey, même le Chalet Suisse malgré beaucoup d’efforts n’a pas pu survivre ici, c’est dire!

La famille Léger qui a développé les St Hubert a bien joué ses cartes pour franchiser son entreprise, la base était bonne, leur sauce qui a fait leur renommée est toujours restée pareille. Ils ont eu un certain succès en faisant usiner et distribuer leur produits en épicerie, la croissance était la. Mais s’il y a une chose que les nord-américains aiment c’est leurs traditions justement parce qu’ils en ont peu. L’authenticité a toujours vendu. Il suffit d’aller chez Schwartz, Moishes, Wilenskys, Caffè Italia, l’Orange Julep pour le constater à tous les jours. La tradition et l’héritage lorsqu’il est bien assumé et assuré ne se démodera jamais.

St Hubert

Vous me voyez venir. Avez-vous déja été au St-Hubert original de la Plaza? Avez-vous l’impression que la tradition et l’héritage de l’entreprise y ont été maintenus? C’est vraiment un « landmark » québécois? Alors dites-moi, avez-vous déja été au Mc Donalds original de Ray Kroc (en fait le 9e du nom mais le premier servant de modele a la franchise) à Des Plaines, Illinois? Eh oui, c’est valorisé, c’est un musée de l’américanité. Idem pour l’original de San Bernardino Californie. Le Harland Sanders Cafe servent encore le meilleur poulet et est devenu un musée vivant en l’honneur de ce grand entrepreneur à l’histoire incomparable. Idem pour Nathans de Broocklyn, Burger King de Jacksonville, White Castle de Wichita etc…

Autrement dit ils ont protégé leur patrimoine. Et St Hubert eux? Oui la sauce y est mais le reste? Avez vous remarqué que le poulet était devenu un peu so-so, sans parler du prix exorbitant qui n’a plus rien à voir avec ce qui se pratiquait dans les années 70 en comparaison au reste? Elle était ou l’histoire de l’entreprise qu’on dit si québécoise? C’est ben beau faire des p’tits bars St Hub mais l’histoire de l’entreprise elle n’est pas la. Perdue peut-etre dans la sauce à poutine.

Donc quand on y pense, si l’entreprise n’a elle-même pas protégé son histoire pourquoi devrait-on la considérer patrimoniale pour paraphraser les différents chroniqueurs qui ont sorti pout-pout-pout, leur meilleur solo de pompe à trémolos cette semaine?

A-t-on donné une raison aux touristes et autres gens de partout au Québec d’aller faire pellerinage sur la Plaza quand ils passent par Montréal? Donc St Hubert en devenant une entreprise comme les autres, se transige à la façon d’une entreprise comme les autres. Bien que je n’achète habituellement pas les théories de « fleuron » si chère à nos politiciens crémeux ou traditionnels on pourrait à la limite y aller d’un petit coup de nationalisme économique plus ou moins bien placé. Mais même quand on croit à ce genre de choses, les Rotisseries St Hubert ne passent pas ce test d’entreprise « patrimoniale et nationale »
Et vu qu’on m’a enlevé l’opportunité de m’attacher à cette entreprise et d’en garder ce fameux lien émotif qui est si cher aux québécois, c’est avec un plasir malin que je l’ai cocufié en allant consommer mon quart cuisse du côté de chez Benny, une entreprise de la région de Lanaudiere qui a bien compris le trou béant qu’avait laissé St Hubert et qui est parti à la conquête du Québec. Le prix, la qualité y est, restera à savoir si la longévité sera au rendez-vous.

Sachant cela et voyant que les québécois adoptent de plus en plus d’autres restaurants que les siens. Comprenez-vous pourquoi M. Léger a choisi de vendre avant que la valeur de sa compagnie en soit trop affectée?

St Hubert a fait de bien mauvais choix depuis une quinzaine d’année en se déshumanisant et en s’éloignant de ce qui a été la clé de son succès. Ce n’est certainement pas en faisant de la salade Thai et des bouchées de poutine congelée qu’ils vont remonter l’entreprise. De mon côté, je n’y vais pratiquement plus depuis ce virage et je soupconne des centaines de milliers de québécois de penser comme moi.

Alors quand on se demande pourquoi aucun québécois n’a osé acheter l’entreprise, c’est aussi peut être parce qu’on sait très bien dans notre inconscient collectif interieur que son modèle actuel ne peut pas survivre bien bien longtemps. Vous n’avez qu’à regarder la simplicité du menu de Bennys et sa croissance pour le comprendre.

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Jeff Plante

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